Presse VERGNE Rémi

Terre d’Art 2010

 


PENNE-D’AGENAIS                PORTRAIT DE FAMILLE

Deux Pujolais, un père et son fils, exposent jusqu’à jeudi dans le hall de la mairie

Thomas mankowski                           SUD OUEST lundi 14 septembre 2009

t.mankowski@sudouest.com

Père et fils dans une même pièce. C’est extrêmement commun dans la maison familiale, surtout autour d’un énorme plat de pâtes. C’est plus rare lorsque le paternel et le fiston se retrouvent dans une même salle d’exposition.

Le hall de la mairie de Penne est dédié, jusqu’à jeudi, aux Pujolais Jean-Claude et Rémi Vergne.

Privilège de l’âge : d’abord Jean-Claude, un quinqua autodidacte, adepte d’une “non-figuration descriptive” et de carrés colorés. L’artiste perçoit chacune de ses créations comme “un autoportrait, une proposition narrative complexe sur ce et ceux qui (le) font exister”. Ensuite Rémi, 23 ans, partisan de l’inovation picturale et d’un art minimaliste, allant jusqu’à utiliser le goudron pour réaliser ses toiles. Il se nourrit de l’histoire de l’art occidental, “mais également africain, précolombien, amérindien et asiatique, notamment l’esthétique japonnaise”.

Peinture dans les veines

Si le sang n’est pas transmetteur de passion, on ne nous la fera pas : les Vergne ont de la peinture qui coule dans les veines. D’ailleurs, ils descendent d’Alban Vergne, poète occcident et premier conservateur du musée de Villeneuve sur Lot. L’épouse de l’un et la mère de l’autre n’échappe pas à ce qui ressemble d’une affaire de famille. C’est elle qui se charge de la présentation des tableaux. Mais Rémi, aussi affirmé dans le champ artistique qu’une toile de Malévitch, dément avoir été poussé par le père dans la marmite. Môme, il dessine, écrit des poèmes et, par lui-même s”en va les dimanches dans l’atelier de Jean-Claude, ne faisant rien d’autre que d’écouter de la musique et de la regarder peindre : “ce qui me frappe chez mon père , c’est son inventivité. Il a des univers très oniriques”, confie-t-il. Il a fini par s’installer devant un chevalet, il y a trois ans de ça. Le fils est adepte de format intimiste quand le père fait plutôt dans le grand format.

A chacun son monde

Leurs oeuvres ont en commun de tendre vers l’abstrait. Pour le reste, l’un et l’autre se distinguent en bien des points.

Le médecin du travail à la ville tourne plus à l’instinct (ce qui ne l’empéche pas de pouvoir passer trois mois devant une même toile) quand l’étudiant peut rester 30mn devant une tâche, avant de se décider à sortir le pinceau du pot. “Son travail a quelque chose d’extrêmement poétique, intime” dit de lui Jean-Claude. “Il ne veut pas en jeter et il ne triche pas, c’est à l’image de ce qu’il est. Son travail est d’une pauvreté assumée et, parallèlement, s’inscrit dans une démarche extrêmement riche. je suis trés fan de ça.” D’ailleurs, l’un et l’autre s’alimentent. Il ont réalisé une toile à quatre mains qui, malgré leurs deux univers, a tapé dans l’oeil de chacun : “Dans le passé, si on me demandait de citer les artistes qui m’inspiraient, je répondais Mondrian, Van Gogh… Mais aujourd’hui je réalise que je m’imprègne de ceux qui m’entourent, des artistes régionaux comme Bissière ou mon fils.” Il persiste et signe en le regardant dans les yeux : “eh oui, tu m’inspires plus que Mondrian et Van Gogh.” Classe. Rémi répond par un sourire pudique. L’un de ceux qui, même s’ils restent timides, transpirent la fierté de savoir qu’on a fait l’admiration du père.